LA COURSE D’UNE VIE: Sergio Perez (Malaisie 2012)

Voici La course d’une vie, une série qui revient sur des performances uniques réalisées par des pilotes de Formule 1. Une course qui a marqué à jamais la carrière du pilote. Épisode 1: la deuxième place de Sergio Perez, au Grand Prix de Malaisie 2012.

Avant sa victoire remarquable au Grand Prix de Sakhir, en décembre 2020, Sergio Perez a signé des performances magistrales durant sa carrière de dix saisons. Celle retenue par Le Bulletin GP est son premier podium, lors du Grand Prix de Malaisie 2012.


Avant Malaisie 2012

Sergio Perez entre en Formule 1 en 2011, après deux saisons en GP2 (aujourd’hui Formule 2), où il finit vice-champion de la campagne 2010 (le champion est Pastor Maldonado). Le Mexicain est embauché par Sauber, aux côtés de Kamui Kobayashi.

Lors de son premier Grand Prix, en Australie, Perez parvient à terminer septième, mais il sera disqualifié, car l’aileron arrière de sa voiture est illégal. Néanmoins, « Checo » a impressionné le monde de la F1, grâce à une belle gestion des pneus. Alors que, durant la course de Melbourne, la majorité des pilotes ont effectué deux ou trois arrêts aux puits, Perez est passé aux stands une seule fois. Pourtant, tout le monde chaussait les nouveaux pneus Pirelli.

Malheureusement, le reste de la saison recrue de Perez est différente du Grand Prix australien. Il terminera la campagne seizième, avec 14 points et une septième place, enregistrée au Grand Prix de Grande-Bretagne. Perez est aussi victime d’une violente sortie de piste, durant les qualifications du Grand Prix de Monaco. Souffrant d’une commotion cérébrale, le Mexicain manquera le classique monégasque, ainsi que le Grand Prix du Canada.

Tout juste avant Malaisie 2012, Perez répète son exploit du GP d’Australie 2011, sur les mêmes lieux, douze mois plus tard. Parti 22e, il réussit à finir septième, sans être exclu du résultat final.


La course : prise 1

Une semaine plus tard, le Grand Cirque de la Formule 1 installe ses tentes à Kuala Lumpur, pour le Grand Prix de Malaisie. Alors qu’il s’agissait de la deuxième course de la saison 2012, des rumeurs circulaient déjà à savoir que Perez, qui était encore membre du Ferrari Driver Academy (l’académie des jeunes pilotes des Rouges), remplacerait Felipe Massa au cours de la campagne. Ce dernier en arrachait durement, au volant de la Ferrari F2012. L’écurie italienne et Sauber nieront ces rumeurs.

Au terme de la séance de qualifications, Sergio Perez se qualifie dixième, derrière Fernando Alonso. Cependant, les deux personnages principaux de la course avanceront d’une place, car Kimi Raïkkönen (Lotus) a écopé d’une pénalité de grille de cinq places (changement de boîte de vitesses).

Dimanche, 16 h (heure locale). La pluie s’est invitée à la fête, dix minutes avant le départ de l’épreuve de Sepang. Tous les pilotes, à l’exception des deux HRT (en pneus pluie), ont débuté avec des pneus intermédiaires. Le départ est donné et Perez perd deux places au départ, malgré un accrochage entre la Lotus de Romain Grosjean et la Mercedes de Michael Schumacher.

La pluie s’intensifiant, Checo est le premier pilote à s’arrêter aux puits pour passer des pneus intermédiaires aux pneus pluie. Deux tours plus tard, Massa imite le Mexicain. Alors que Grosjean s’enlise dans le bac à gravier, les autres pilotes changent de gommes. Malheureusement, les nouveaux trains de pneus ne sont pas suffisants, car il pleut de plus en plus, entraînant l’intervention de la Voiture de sécurité.

Au neuvième tour, la course est interrompue pour une cinquantaine de minutes. À la sortie du drapeau rouge, Sergio Perez se retrouve quatrième, derrière les McLaren de Lewis Hamilton et de Jenson Button, ainsi que la Red Bull de Mark Webber.


La course : prise 2

Aux alentours de 17 h (heure locale), le Grand Prix reprend derrière la Voiture de sécurité. Au 13e tour, quelques pilotes décident de changer de pneus et d’opter pour les intermédiaires. Au tour suivant, Lewis Hamilton, alors en tête, fait de même. Cela laisse Sergio Perez meneur d’un Grand Prix de Formule 1 pour la première fois de sa carrière.

Cependant, il doit lui aussi passer par la voie des stands pour imiter le reste du peloton. Il revient devant Fernando Alonso, mais ce dernier dépasse le Mexicain pour prendre les commandes de l’épreuve.

De tour en tour, le double champion du monde accentue son avance sur Checo. Au 35e tour, Perez gagne au moins deux secondes sur le pilote Ferrari. La piste s’assèche et l’écart entre Alonso et notre héros de cette histoire diminue drastiquement. En effet, la Sauber a grugé beaucoup de dixièmes sur la Ferrari, qui n’avait pas la meilleure voiture du plateau…

À la 40e boucle, Alonso s’arrête aux puits pour chausser des pneus de type sec. Avant son arrêt, il détenait une avance d’environ une seconde et demie sur Perez. Un tour plus tard, le pilote de Sauber passe aux stands et revient derrière Alonso.

Checo pousse à fond pour se rapprocher de l’Espagnol, mais, au 50e tour, son ingénieur de piste lui demande de « faire attention, car ils (l’écurie) ont besoin de cette position ». Au moment de recevoir ce message, le jeune Mexicain commet une erreur au virage 14 du circuit de Sepang et perd plusieurs secondes sur Alonso. Le mal est fait : Sergio Perez ne pourra mettre sur la main sur sa première victoire.

En effet, Fernando Alonso, contre toute attente, remporte le Grand Prix de Malaisie, partant de la huitième place. Malgré sa sortie de piste, Perez parvient à terminer deuxième, obtenant son tout premier podium en Formule 1, à son 19e Grand Prix en carrière. De ce fait, il devient le premier Mexicain depuis Pedro Rodriguez, aux Pays-Bas en 1971, à terminer dans le top 3. Lewis Hamilton, qui partait en pole position, complète la marche.

Si Nando a été impressionnant à bord d’une Ferrari en deçà des attentes (et ce sera le cas pour toute l’année 2012), le héros du jour est Sergio Perez. Le jeune Mexicain a connu un weekend solide. Outre sa performance presque sans faille en course, il a amené la Sauber C31 en Q3, malgré des chronos peu impressionnants lors des essais libres. En plus, le pilote de 22 ans a été en mesure de bien gérer la pression, ainsi que ses pneus (sa marque de commerce). C’est bien dommage qu’il soit sorti de piste et que, en même temps, Sauber ne se contente que de la deuxième position.


La suite de la carrière de Checo

Après son exploit au Grand Prix de Malaisie, la saison 2012 de Perez est à la fois impressionnante et décevante. Le Mexicain obtient deux autres podiums (troisième à Montréal et deuxième à Monza), mais est aussi battu quelques fois par Kamui Kobayashi, son coéquipier pour le clan de Hinwil. Alors qu’il est toujours lié à des rumeurs pour remplacer Felipe Massa chez Ferrari, une bombe éclate après le Grand Prix de Singapour : Lewis Hamilton quitte McLaren pour substituer Michael Schumacher chez Mercedes. Considéré « jeune » par la Scuderia Ferrari pour se joindre au grand club, Perez est signé par McLaren pour 2013.

Cette année est décevante pour le Mexicain, qui enregistre une cinquième position (Inde) comme meilleur résultat, ainsi que des frictions en piste avec Jenson Button. Lors du Grand Prix des États-Unis 2013, McLaren annonce la signature de Kevin Magnussen pour 2014, mettant fin à l’aventure de Checo pour l’écurie britannique.

Alors sans volant pour la première année de l’ère des moteurs V6 hybrides turbochargés qu’on connaît, il réussit à s’engager avec Force India, avec Nico Hülkenberg comme coéquipier. À sa troisième course pour l’équipe indo-britannique, Perez monte sur le podium, en finissant troisième dans ce fameux Grand Prix de Bahreïn, marqué par le duel entre Lewis Hamilton et Nico Rosberg. La première moitié de 2014 est couci-couça, mais la deuxième est meilleure. Perez finira sa première saison avec Force India au dixième rang du classement des pilotes.

Checo restera avec l’écurie de Dr Vijay Mallya jusqu’en 2018, alors qu’il fait partie d’un groupe de créanciers pour placer l’équipe en administration. Force India sera racheté par un consortium d’investisseurs, mené par Lawrence Stroll. Force India deviendra Racing Point Force India (j’ai toujours détesté écrire ce nom). Entre 2014 et 2018, le Mexicain a inscrit cinq podiums pour le clan établi à Silverstone.

Perez reste avec Racing Point en 2019 (qui s’est débarrassé de Force India) et a Lance Stroll comme coéquipier. Même si Stroll a obtenu le meilleur résultat de l’écurie (4e en Allemagne), c’est le héros de l’histoire qui a eu le dessus en 2019, avec 52 points et une dixième position au classement des pilotes.

Crédit photo: Antonin Vincent/DPPI Images

Finalement, c’est en 2020 que Sergio Perez obtient sa meilleure saison en carrière. Au Grand Prix de Turquie, il se qualifie au troisième rang et, le lendemain, Perez termine deuxième sur un Istanbul Park glissant et mouillé. À son 190e Grand Prix, Checo marque enfin sa première victoire, lors de l’épreuve de Sakhir, après avoir été accroché par Charles Leclerc au premier tour. En même temps, il termine quatrième au championnat des pilotes, son meilleur résultat en carrière.

Sans volant et remplacé par Sebastian Vettel chez Aston Martin (anciennement Racing Point), Perez revient dans une écurie du top 3, en signant chez Red Bull Racing pour 2021.

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