FIA WEC 2023: une nouvelle ère en endurance

La saison 2023 du Championnat du monde d’Endurance de la FIA (WEC) débute ce vendredi, sous le chaud soleil de Sebring, en Floride. Cette nouvelle campagne marque le début d’une nouvelle ère en Endurance. Voici notre texte d’avant-goût.

Nouvelles équipes, nouveaux manufacturiers, mais beaucoup d’excitation en piste. La onzième saison de l’histoire du Championnat du monde d’Endurance s’annonce très captivante. Faisons le tour des trois classes de compétition que nous allons surveiller en 2023.

Hypercar : le plat principal par excellence

La catégorie Hypercar existe depuis 2021, remplaçant la LMP1. Il s’agit de la classe par excellence, avec les bolides les plus rapides du championnat. Depuis la naissance de l’Hypercar, en 2021, trois équipes furent présentes pour se battre pour le titre : Toyota, Glickenhaus et Alpine.

En 2023, Alpine descend volontairement en LMP2 et cinq manufacturiers se joignent au party : Porsche, Cadillac, Peugeot, Ferrari et Vanwall-ByKolles. Pour la première fois de la jeune histoire de l’Hypercar, les voitures de types LMH et LMDH se retrouveront sur la même piste, dès le 17 mars, pour les 1000 Miles de Sebring.

En plus de l’arrivée de gros constructeurs, on aura droit à la présence de Jacques Villeneuve pour la saison entière de la WEC!

LMH vs LMDH

La catégorie Hypercar est composée de deux types de voitures : les LMH et les LMDH.

Une LMH (Le Mans Hypercar) est une monoplace à cockpit fermé où les équipes conçoivent leur propre châssis, moteur et leur système hybride. En bref, les manufacturiers optant pour une LMH ont carte blanche sur la conception.

Quant à une LMDH (Le Mans Daytona Hypercar), les manufacturiers ont le choix de faire appel à quatre compagnies pour la construction du châssis : Oreca, Multimatic, Ligier et Dallara. Ces voitures sont obligatoirement munies d’un système hybride, situé sur l’essieu arrière. On peut retrouver ce type de monoplace dans la série IMSA, alors que les LMH sont une création assistée par la FIA et l’Automobile Club-Ouest, l’ACO (organisme derrière l’organisation des 24 Heures du Mans)

  • Voitures LMH : Toyota, Glickenhaus, Peugeot, Ferrari, Vanwall-ByKolles
  • Voitures LMDh : Cadillac, Porsche

Dans le cas de Porsche, la compagnie allemande alignera quatre bolides 963 : deux originales (avec le soutien de Penske), une pour Hertz Team Jota et une autre pour Proton Competition. Selon toutes vraisemblances, Jota ferait ses débuts aux 6 Heures de Spa (29 avril) ; Proton, d’ici les 6 Heures de Monza (9 juillet).

Une autre Hypercar devrait faire ses débuts, en deuxième moitié de saison : Isotta Fraschini. Ce constructeur italien historique, fondé en 1900, a fait appel à Michelotto Engineering, une compagnie italienne, pour bâtir une LMH prête pour mi-2023. La monoplace est développée en soufflerie chez Williams. Finalement, c’est l’écurie britannique Vector Sport, actuellement engagée en LMP2, qui gèrera le programme de course de cette LMH.

Balance des performances (BoP)

Afin d’assurer un certain niveau de parité (lire « éviter que Toyota écrase la compétition »), la direction de course de la FIA WEC a décidé de la Balance de Performance (BoP).

La BoP est un système permettant de limiter ou d’ajuster le poids ou la puissance des bolides, selon des données recueillies par les équipes, lors d’essais en piste, en soufflerie ou via un simulateur, et transmises à la direction de course.

Ladite direction imposera un poids minimal pour chaque Hypercar, ainsi que l’énergie maximum. Cette année, la BoP est décidée pour les 1000 Miles de Sebring et, ensuite, pour les épreuves de Portimao, Spa et Le Mans. Une autre version de la BoP sera publiée, avant la tenue des 6 Heures de Monza, en juillet.

Voici la BoP pour les quatre premières courses :

Crédit: FIA WEC

Jacques Villeneuve à la poursuite de la Triple couronne

En plus de l’arrivée de plusieurs manufacturiers, la WEC aura la chance de compter sur la présence de Jacques Villeneuve comme participant.

En effet, le pilote québécois s’est engagé avec Vanwall-ByKolles pour l’entièreté de la saison. Il aura, comme coéquipier, le Français Tom Dillmann (champion de Formule V8 3.5 et du Le Mans Cup), ainsi que l’Argentin Esteban Guerrieri (vainqueur des 24 Heures du Nurburgring 2020 en TCR).

Cependant, ce ne sera pas la première expérience du champion du monde de Formule 1 1997. Villeneuve a participé, à deux reprises, aux 24 Heures du Mans (2007 et 2008), avec Peugeot. Son meilleur résultat fut une deuxième place au classement général, avec Marc Gené et Nicolas Minassian comme coéquipiers.

En remportant le classique mancéen, le Québécois pourrait devenir le deuxième pilote à compléter la Triple couronne, titre non-officiel établi par Graham Hill (remporter les 24 Heures du Mans, les 500 Miles d’Indianapolis et le Grand Prix de Monaco/le Championnat du monde de Formule 1). Il a déjà le Championnat du monde de F1 et une victoire au Indy 500 (1995). À l’heure actuelle, Fernando Alonso et lui sont les pilotes actifs encore capables de compléter la Triple couronne.

Pour ce faire, il faudrait que Vanwall-ByKolles parvienne à battre les gros noms comme Toyota, encore l’équipe à battre en WEC, Ferrari et cie. Le clan autrichien n’a pas les moyens financiers de leurs rivaux, or ce ne sera pas facile de rivaliser contre ces adversaires.

Lors du Prologue (essais de présaison), les experts présents à Sebring ont vu une Vanwall-ByKolles qui était beaucoup trop lente, comparé à leurs rivales. Pour Villeneuve, le retour en endurance fut compliqué, alors qu’il était non seulement plus lent que plusieurs pilotes en LMP2. De plus, il devait se pratiquer pour un programme de longs relais, dimanche matin, mais il s’est accroché avec une GTE. Donc, il a perdu énormément de temps.

Ça risque d’être compliqué pour Vanwall-ByKolles, mais Villeneuve ne se laissera pas abattre par ce défi de l’endurance. Il s’adaptera, en cours de saison.

Crédit: FIA/DPPI

Et les autres ?

Porsche 963 (Crédit photo: MPS Agency)

Après avoir lu les rapports du Prologue et les chronos via le live timing de la WEC, je crois que Toyota est bien trop rapide pour la compétition. Cependant, attention à Ferrari et à Cadillac!

Toyota GR010

Bien que Toyota ait inscrit trois des quatre meilleurs temps des séances, Cadillac fut la plus rapide de la période du samedi après-midi. La V-Series.R était fiable, en plus. La Ferrari 499P pourrait rivaliser avec Cadillac, comme deuxième meilleure équipe. Malheureusement, une de leurs voitures, la #51, eut un accident, signifiant que l’écurie italienne a passé une séance entière à réparer le châssis.

Ferrari 499P

Ayant fait ses débuts compétitives aux 24 Heures de Daytona, en janvier dernier, la Porsche 963 a déçu quelques experts. Elle manquait de rythme, alors que, lors de tests privés de l’IMSA, les deux voitures ont inscrit des chronos plus rapides que ceux enregistrés la fin de semaine passée, à Sebring. Porsche cache-t-elle leur jeu ou bien il y a raison de s’inquiéter?

Quant à Peugeot, qui disputera une première saison complète en Hypercar, elle a souffert de quelques problèmes mécaniques. Aussi : les deux 9X8 ont eu des accidents, se retrouvant comme la Ferrari 499P #51 : à perdre beaucoup de temps de piste.

Finalement, la Glickenhaus en a arraché. Le clan américain, qui n’avait pas fait rouler la SCG 007 depuis les 6 Heures de Monza 2022, a eu du mal à s’adapter aux pneus Michelin de cette année. Leurs chronos se situaient au même niveau que les meilleures LMP2, mais plus rapides que ceux de Vanwall-ByKolles.

Glickenhaus SCG 007

La liste des participants du 1000 Miles de Sebring, ainsi que celle de la saison entière (sujette à changement).

LMP2

Si la catégorie Hypercar aura un peu plus de compétition, celle de la LMP2 devrait l’être encore plus.

Comme mentionné dans le texte, Alpine fait le saut en LMP2, avec deux voitures. En fait, leur LMP1 n’était plus réglementaire pour l’Hypercar et elle prépare leur retour dans la grande classe en 2024, avec un châssis LMDh.

Alpine (crédit photo: FIA/DPPI)

Championne de LMP2 en 2022, Jota se dotera d’une seule voiture à temps plein (#28) en 2023, contrairement à deux l’an dernier. En effet, l’écurie britannique concentrera ses efforts sur l’Hypercar, avec une Porsche 963 dorée, qui leur sera fournie d’ici les 6 Heures de Spa (29 avril). En attendant, la LMP2 #48 de Jota sera présente à Sebring et à Portimao.

Jota

Vice-championne de la seconde classe d’endurance mondiale, WRT, veut se venger de leur abandon aux 24 Heures du Mans, leur privant du titre en 2022. L’équipe belge aura deux voitures, avec Robert Kubica présent avec eux, dans la voiture #41. Robin Frijns, qui s’était blessé lors du ePrix de Mexico (Formule E), en janvier dernier, fera un retour en piste lors des 1000 Miles de Sebring.

WRT

Une autre à surveiller en LMP2 est Prema. Déjà connu en raison de leur implication dans les catégories juniors en monoplace (F2, F3, etc.), le clan italien comptera à son tour sur deux bolides. L’an dernier, Prema a remporté le championnat d’European Le Mans Series (ELMS). En revanche, l’écurie n’a pu retenir les services de Louis Delétraz et de Ferdinand Habsurg, les deux étant partis chez WRT. Heureusement, elle est allée chercher la très talentueuse Doriane Pin, Mirko Bortolotti et l’ex-pilote de F1, Daniil Kvyat.

Prema

Si la saison de Formule 1 de McLaren n’a pas très bien débuté, Zak Brown espèrera que celle de son autre équipe, United Autosports, sera meilleure. United veut clairement rivaliser avec leurs adversaires pour le titre. Or, il faudra remporter plus qu’une victoire.

United Autosports

À noter que la sous-catégorie LMP2 Pro-Am a disparu. Cette catégorie était réservée aux équipes ayant des pilotes côtés Bronze.

LMGTE Am

La sous-catégorie LMGTE Pro fut officiellement supprimée du Championnat du monde d’Endurance. Cela signifie donc que la LMGTE Am devient la classe officielle de la GT. En plus, cette catégorie sera remplacée, dès l’an prochain, par des GT3.

Même si leurs efforts sont concentrés sur l’Hypercar, Ferrari et Porsche garderont leurs voitures GTE en piste.

TF Sport n’est plus, vive ORT (Oman Racing Team) by TF Sport, roulant dans une Aston Martin Vantage AMR. Peu importe le changement de nom, cette équipe défendra son titre en LMGTE AM. Malheureusement, elle devra se passer de Ben Keating, qui a fait le saut avec l’équipe mère de Corvette.

ORT (Oman Racing Team) by TF Sport

Northwest AMR, avec le Vancouvérois et « gentleman driver » Paul Dalla Lana comme un des trois pilotes, et D’Station Racing, ne seront pas à négliger, eux aussi avec Aston Martin.

L’arrivée de Ben Keating chez Corvette sera un ajout de taille en AM. Définitivement un des meilleurs pilotes Bronze, l’Américain sera en mesure de défendre son titre de champion de la catégorie et de vainqueur aux 24 Heures du Mans, en juin prochain. S’il sera une verte recrue avec la sous-division de Chevrolet, le Texan aura Nick Catsburg comme coéquipier, ce dernier étant dans la Corvette depuis trois saisons.

Corvette

Porsche sera fortement représentée en WEC, en 2023. En plus des deux Hypercar à temps plein et d’une autre 963 aux Mans, le constructeur allemand s’affichera avec six (!) équipes roulant dans la 911 RSR-19.

Leur nouvelle acquisition est Iron Dames/Iron Lynx, qui étaient dans une Ferrari la saison dernière. Le trio d’Iron Dames, composé de Sarah Bovy, Michelle Gatting et de Rahel Frey, pourrait être une équipe pouvant se battre pour des podiums, voire repartir avec au moins une victoire. En 2022, Iron Dames avait terminé 3e au classement de la LMGTE AM.

Iron Dames

L’Ottavien Zacharie Robichon fera ses débuts en WEC, alors qu’il partagera la 911 RSR-19 de Proton Competiton avec Harry Tincknell et Ryan Hardwick. Quant à Dempsey-Proton Racing, vainqueur à Spa et à Monza, il y a une belle opportunité de brouiller les cartes dans la course au titre.

Lors de la saison 2022, Porsche a fini deuxième au classement des manufacturiers GTE, à 12 points de Ferrari.

Parlant de Ferrari, elle aussi fera l’exercice de se concentrer sur l’Hypercar et la LMGTE Am. D’ailleurs, les deux programmes sont gérés par AF Corse, qui détient trois des quatre Ferrari 488 GTE Evo en GTE Am. L’an dernier, l’écurie principale avait remporté le tout dernier championnat de GTE Pro.

Ferrari AF Corse en GTE AM

Cependant, en AM, Ferrari a enregistré aucune victoire en 2022! Avec la disparition définitive de la classe Pro, il est temps pour le Cheval cabré de rivaliser face à Aston Martin, surtout.

Davide Rigon, un expérimenté de la GTE Pro, arrive en AM pour AF Corse. Il faudra aussi surveiller Luis Perez Companc, qui revient en WEC après quatre ans d’absence, et Lilou Wadoux, qui passe du prototype au GT. Avec l’ajout de Wadoux, il y aura cinq femmes participant au Championnat du monde d’Endurance, en 2023. En plus, la Française, première femme à devenir pilote d’usine pour Ferrari, a été impressionnante au Prologue!

Calendrier 2023

La saison 2023 de la WEC débute le vendredi 17 mars, sous la chaleur floridienne de Sebring, pour les 1000 Miles (268 tours ou 8 heures). Cette épreuve fait partie du programme double, avec les 12 Heures de Sebring en IMSA, le lendemain.

Ensuite, un mois plus tard, le championnat entame son leg européen, avec les 6 Heures de Portimao, au Portugal. Cette manche revient au calendrier, ayant remplacé Sebring en 2021, sous un format de 8 heures.

Deux semaines plus tard, direction la Belgique pour les 6 Heures de Spa. Toyota tentera de remporter cette course pour une septième fois consécutive.

La pièce de résistance de la WEC est et sera toujours les 24 Heures du Mans. Il s’agira des 100 ans de ce double tour d’horloge mancéen. Plusieurs autres équipes, provenant d’autres championnats d’endurance (IMSA, ELMS et Asian Le Mans Series), s’ajouteront à la liste des inscrits.

On verra aussi une Chevrolet Camaro ZL1 modifiée, qui sera hors-compétition. Cette voiture, que nous voyons en NASCAR Cup Series, est développée par Hendrick Motorsports. Jimmie Johnson, Mike Rockenfeller et Jenson Button se partageront cette merveille.

Chevrolet Camaro ZL1, qui roulera hors-compétition aux 24 Heures du Mans

Une fois le classique mancéen terminé, le championnat du monde fera le saut à Monza, pour les 6 Heures, en juillet. Cela marquera aussi la fin de la tournée européenne.

En effet, la WEC se rendra sur les terres de Toyota, au Mont Fuji (10 septembre) et complètera son calendrier à Sakhir, pour les 8 Heures de Bahreïn (4 novembre).

Comment regarder la WEC en 2023?

 

Vous voulez voir l’Âge dorée de l’endurance, avec une dizaine d’hypercars en piste? Vous désirez suivre les faits et gestes de Jacques Villeneuve, ainsi que les batailles féroces en LMP2 et en LMGTE Am?

Au Canada, la saison entière de la FIA WEC sera retransmise en direct sur Motor Trend On Demand (streaming). Si vous êtes un nouveau membre, les sept premiers jours de visionnement sont gratuits. Ensuite, ce sera 4.99$US par mois (environ 6.85$CDN) ou bien 44.99$US pour l’année (environ 61.85$CDN).

De plus, Discovery Velocity est aussi diffuseur de la WEC sur le câble.

La chaîne YouTube de la WEC diffuse la troisième séance d’essais libres gratuitement. Si vous désirez découvrir ces machines, abonnez-vous à leur compte! Il y a de l’excellent contenu, ainsi que de longs faits saillants des courses… et le visionnement complet des épreuves (publiées quelques jours plus tard).

Sources d’information pour le texte : FIA WEC, RaceFans, Daily Sportscar, Le Journal de Montréal, Toyota Gazoo Racing, Pole Position Magazine

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